Analyse scène 4 : un souvenir

Publié le par Violaine Le Calvé

Séance 3    Etude de la scène 4 : « Un souvenir »

 

 

(de « L’INCONNU – J’avais cinq ans… », p.37, l.175 à « L’Inconnu ne répond pas.», p.40, l.237)

 

 

 

 

1)      Questions

 

 

 

 

 

2 p.108 : Quel autre personnage célèbre évoque la description de l’Inconnu ?

 

 

Le frac (sorte de queue-de-pie = habit de cérémonie, généralement serré à la taille avec des basques descendant de chaque côté des hanches), la cape et la cane à pommeau évoquent irrésistiblement le personnage de Méphistophélès*. Le « dandy » (p.30, l.5 et p.82, l.37) comme l’acteur (p.44, l.323) sont en représentation ; ils jouent la comédie, ce que fait également Dieu, nécessairement, lorsqu’il s’incarne. Mais ce Dieu-là est revêtu d’une élégance toute diabolique.

 *Méphistophélès, dont le nom signifierait Celui qui hait la lumière, est un personnage de la légende du docteur Faust et de toutes les œuvres littéraires européennes qui se sont inspirées du mythe. Dans l'Histoire du docteur Faust, première version écrite connue de la légende, publiée en 1587, Méphistophélès est un démon ordinaire, comme tous ceux qui hantent l'imaginaire collectif du Moyen-Âge : le docteur Faust ayant vendu son âme au diable, celui-ci a donné l'ordre à Méphistophélès de servir le docteur pendant un certain nombre d'années. Par la suite, Méphistophélès va acquérir un relief beaucoup plus saisissant : dans la Tragique histoire du docteur Faust de l'anglais Marlowe, il devient un être supérieur qui, privé du Dieu pour lequel il a été créé, se trouve partout prisonnier de l'enfer. Le grand poète allemand Goethe reprend le mythe de Faust à son tour, mais Méphistophélès devient chez lui un démon à l'esprit vif et spirituel, capable de réparties promptes et sarcastiques, qui entretient avec Dieu des rapports particuliers ; loin d'être un exclu voué uniquement à la damnation éternelle, il tient à la cour céleste un rang honorable et s'entretient familièrement avec le Seigneur, qui le juge indispensable pour éviter que les mortels ne s'endorment dans une paix trompeuse : mais le démon, bien qu'il soit intelligent et fort raisonnable, ne perçoit jamais qu'une petite partie de la réalité, alors que le docteur Faust, capable de par ses contradictions mêmes de répondre à tous les appels de l'infini, sera en définitive le grand vainqueur du marché de dupes conclu avec le diable.
Par la suite, dans les autres œuvres qui s'inspirent du même mythe, Méphistophélès sera un personnage beaucoup plus insignifiant, sauf dans la musique, et plus particulièrement dans la musique romantique

 

 

 

 

 

 

 

 

6 p.108 : « Les voyants ont les yeux crevés » (l.302) : en quoi cette référence convient-elle au personnage du docteur Freud ?

 

 

Cette phrase est une allusion au personnage d’Œdipe* qui s’est crevé les yeux après avoir appris qu’il avait, sans le vouloir, ni le savoir, tué son père et épousé sa mère, mais aussi au devin aveugle, Tirésias, qui permit à Œdipe d’élucider le meurtre de Laïos. C’est une référence au complexe d’Œdipe, mais également à la vocation de « voyance » du psychanalyste qui décrypte ce que personne ne voit et qui est pourtant sous les yeux de tous.

*Œdipe, dans la mythologie grecque, roi de Thèbes, fils de Laïos et de Jocaste, roi et reine de Thèbes. (!! Résumé de l’Antigone d’Anouilh => pour aller aux sources du mythe, consulter un dico mythologique ou lire Œdipe-roi de Sophocle). La reine Jocaste attendant un enfant, son mari Laïos consulta l'oracle dont la prédiction fut terrible : " Il tuera son père ; il épousera sa mère". Décidant d'échapper à son destin, il perça les chevilles de son fils nouveau-né pour les attacher d’une courroie, et ordonna à un serviteur de l’abandonner dans la montagne, aux bêtes sauvages, sur les flancs du mont Cithéron. Le bébé gémissant émeut le cœur du serviteur qui le confia à des bergers du roi de Corinthe. Ceux-ci l'amenèrent à leur maître Polybos, roi de Corinthe ; sa femme Périboea désespérait justement d'avoir un héritier. Polybos l'appela Œdipe («  celui qui a les pieds enflés », en grec) et l'éleva comme son propre fils. Des années passèrent. Un jour, pendant une querelle, un Corinthien traita Œdipe d'enfant trouvé. Celui-ci, alarmé, partit demander la vérité à Pythie de Delphes. En chemin, un vieillard monté sur un char lui commanda, un peu trop impérieusement, de s'écarter de son chemin. Œdipe, qui avait le sang vif, le tua. C'était bien sûr le roi Laïos, son père. Ainsi, Œdipe accomplit la prophétie sans le vouloir. Œdipe arriva à Thèbes, qui était sous la coupe d'un monstre sanguinaire appelé le Sphinx, lion à tête de femme. La créature bloquait les routes menant à la ville, tuant et dévorant les voyageurs qui ne pouvaient résoudre l'énigme fameuse qu'elle leur proposait : « Quel est l'animal qui le matin marche sur quatre pieds, à midi sur deux et le soir sur trois ? ». Œdipe répondit sans hésiter que c'était l'homme, qui au matin de sa vie marche à quatre pattes, va sur ses deux jambes à l'âge adulte et s'aide d'une canne pour soutenir sa vieillesse. Le Sphinx, vexé, se suicida. Œdipe s'attira les faveurs de la ville pour avoir libéré Thèbes du Sphinx. En remerciement, les Thébains le firent roi et lui donnèrent comme épouse la veuve de Laïos, Jocaste. Pendant de nombreuses années, le couple vécut heureux, ne sachant pas qu'ils étaient en réalité mère et fils. La seconde partie de l'oracle est accomplie. Les années passèrent, des enfants naquirent du couple incestueux, deux garçons (Etéocle et Polynice) et deux filles (Antigone et Ismène). Les dieux, qui avaient longtemps favorisé le règne d'Œdipe, s'aperçurent soudain, dans un spectaculaire accès de mauvaise foi, que ce roi était un meurtrier. Jusqu'au jour où la peste ravagea le pays. Œdipe, innocemment, envoya son oncle Créon à Delphes, et l'oracle de Delphes proclama que le meurtre de Laïos devait être puni et que la maladie ravagerait la cité tant que son meurtre ne serait pas vengé. Œdipe prononça alors contre le meurtrier une malédiction sauvage, et consulta le devin Tirésias pour connaître le nom du coupable. Tirésias esquiva, feinta, suscita même contre lui des soupçons. Finalement, excédé, il conseilla à Œdipe de consulter ses serviteurs. L'un d'eux, témoin du meurtre, était ce même esclave qui autrefois avait "perdu" l'enfant sur le Mont Cithéron. La vérité fut dévoilée et Jocaste s'en suicida de désespoir, et lorsqu'Œdipe se rendit compte qu'elle était morte et que leurs enfants, Etéocle, Polynice, Antigone et Ismène, étaient maudits, il se creva les yeux, avec les broches de la reine, et renonça au trône. Il partit sur les routes, la main sur l'épaule d'Antigone, chercher un pardon problématique. Parvenu en Attique, il fut purifié de son crime par Thésée, et mourut à Colone.

 

 

 

 

2) Eléments pour une lecture analytique

 

 

 

 

 

=> Présentation de l’extrait : la scène 4 est la scène d’apparition de l’Inconnu (entrée théâtrale). Rappels sur le début de la scène : des questions sans réponses de Freud sur l’identité de l’Inconnu. Des prédictions concernant Freud*. Celui-ci d’abord curieux et agacé à la fois, puis, après 1 court moment d’abattement, se ressaisit et commence 1 séance de psychanalyse pr celui qu’il croit être un névrosé (l. 153) ; lui demande de raconter 1 rêve mais l’Inconnu dit ne pas rêver, alors il lui demande de raconter 1 histoire…

* qui se réaliseront cf. bio de Freud exilé effectivement à Paris chez la princesse Bonaparte puis à Londres au 20, Maresfield Gardens…et regrettant Vienne.

 

 

 

 

 

=> Proposition de plan

 

 

 

I) Une étrange histoire

 

 

 

 

 

A) Un souvenir d’enfance

 

 

1. Le monde du rêve, de l’imagination

 

 

- Le sol de la cuisine : un « terrain d’aventures ». l.192 à 196 : évocation de 3 « visions » de l’enfant.

- opposition enfants/adultes = voyants/aveugles => les carreaux parlent et montrent des mondes aux enfants  => personnification (l.196 à 198).

2. Une réalité enjolivée

 

 

-  …justement par le regard enfantin : « Il n’y a que pr les adultes que les carreaux constituent platement un sol ». Description d’un mde idyllique cf. l175 à 179.

- Sensations agréables (connotations positives du voc) : visuelles (le ciel bleu/le soleil jaune), olfactives (parfum de vanille), gustatives (bouts de lard/plats à gâteaux), auditives (la casserole qui ronronne)…

 

 

 

B) Une prise de conscience

 

 

1. Silence et solitude

 

 

- Opposition avec la l.179 « Et puis un jour (habitudes brisées ≠ « toujours ») je restai (Passé simple qui s’oppose au + que pft « avait été ») SEUL ds la cuisine de la maison ».

- Evolution des connotations des adjectifs désignant l’endroit : du + au – « immense espace vide » (181) ; « rouge brûlé et blanc perdu » (188) ; « carreaux […] plats » (203) ; « fourneau […] endormi » (204) ; « cheminée […] semblait morte » (204-205)…

2. Révélation de l’essence de la condition humaine

 

 

-  Sigmund enfant appelle (199) puis crie (208) pr briser le silence (champ lexical ouïe). Seul l’écho lui répond : répétitions (« j’ai appelé » -199 et 201 « montait » 209-212) et anaphore (« Et » 209-210-211) pr imiter cet écho, pr insister sr la longueur subjective de cet instant.

- Prise de conscience de son existence par cette expérience de la solitude : « pr m’entendre exister » (200) « j’existe » (220*) et en même temps de l’ »inquiétante étrangeté » du monde. Analogie monde = maison vide ; autres = ceux qui ne st pas moi, ceux qui ne répondent pas (224-227).

* allusion au « Je pense donc je suis » de Descartes.

 

 

 

 

II) Une étrange rencontre

 

 

 

 

 

A) De la tirade au duo

 

 

1. Histoire personnelle de Freud !

 

 

-Je = celui de Freud enfant et non de l’Inconnu => on le découvre à la l.220 « Je suis Sigmund Freud, j’ai cinq ans ». Passage alors à la 2ème personne du singulier : pronom « tu » (l.223).

- Réaction de Freud : « de + en + frappé » (didascalie des l. 201-202 – NB : le jeu de l’acteur est important) au fur et à mesure qu’il découvre que c’est sa ppe histoire, 1 hist qu’il n’a jamais racontée à personne… jusqu’à l’ « effarement » (229). 

2. Le jeu des voix

 

 

- L’Inconnu parle d’abord seul puis de la l.206 à la l.218, Freud bouge les lèvres en même tps que l’Inconnu et ils prononcent en chœur la phrase des lignes 220-221 (presque un chant).

_ Scène très « théâtrale », lente et un peu artificielle. Freud sait dès les 1ères phrases que l’Inconnu raconte 1 évt de son enfance, mais il ne le coupe pas. Lenteur nécessaire de la prise de conscience => geste de l’acteur qui devront être lents (cf « lentement » 222) et pauses (« blancs ») ds le dialogue (cf les points de suspension, les didascalies « un temps » 227-235).

 

 

 

B) Qui est l’Inconnu ?

 

 

1. Dieu ?

- omniscient cf  indices avt la scène : l’Inconnu fixe Freud cm « s’il sondait son âme » et parle en puisant « sa force ds le regard de Freud ».

- venu pr remettre en cause l’athéisme de Freud ? (227-228)

- réponse ? p.108

2. Un névrosé simulateur ?

- rappeler l’intrigue concernant Walter Oberseit…

- doute final de la scène => écho à la fin énigmatique de la pièce. Malgré le fait qu’il n’ait jamais raconté cette hist à personne, Freud feint de penser que l’Inconnu aurait pu inventer une telle histoire. Possibilité que l’Inconnu = Dieu dépasse l’entendement de Freud, est contraire à son rationalisme (cf la nécessité de le toucher pr s’assurer qu’il est réel (230-231). => « Les voyants ont les yeux crevés » !

 

 

 

=> Eléments de conclusion :

- une scène-clé pour l’histoire ;

- un crescendo savamment orchestré par l’auteur (rappel : intérêt de Schmitt pr la musique classique…)

 

 

 

 

 

 

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