Analyse scène1 Visiteur
Séance 2 Etude de l’exposition : Freud et sa fille (scène 1 en entier)
1) Didascalies initiales
a) Personnages
Sigmund Freud (1856-1939) : neurologue et psychiatre autrichien d’origine juive - père de la psychanalyse (= moyen de guérir les névroses* par l’analyse psychique). Théorie qui lui permet d’expliquer les phénomènes collectifs comme l’interdit de l’inceste (Totem et tabou, 1913) et
*trouble psychique (phobie, obsession...) généré par un conflit psychique refoulé.
Anna Freud (1895-1982) : fille cadette des Freud – consacra sa vie à la psychanalyse des enfants. Dans la pièce, évoque la figure d’Antigone (fille d’Oedipe) à plusieurs titres.
Le Nazi : personnage stéréotypé, caricatural, symbole du nazisme en général et donc du Mal.
L’Inconnu – Walter Oberseit (nom composé de l’allemand : « ober » = au dessus et « seit » = [vous] êtes, de « sein » = être). Nom inventé par l’auteur pour évoquer l’entité divine au-dessus de tout et de tous.
b) Epoque et lieu
Noter l’extrême précision de la date et de l’adresse (réelle: les Freud ont habité au 19, Berggasse plus de 45 ans) qui renforce le registre réaliste. Pièce ancrée dans l’Histoire (lire « L’antisémitisme nazi entre 1933 et 1939 » p. 107)
Décor : voir schéma personnel.
Alliance réalisme et fantastique, de l’ici-bas, terre à terre et du ciel, de la métaphysique => ambivalence de la pièce.
2) Questions
6 p.104 : Les doubles rideaux du cabinet du docteur Freud ont plusieurs fonctions : lesquelles ?
=> favorisant les apparitions et disparitions rapides de l’Inconnu, ils sont comme des rideaux de théâtre ouvrant sur une scène dont L’Inconnu, habillé comme un acteur (p.30, l.4-5 et p.44, l323) serait le protagoniste. La figure de Dieu est ainsi liée à l’illusion théâtrale. L’arrière-monde que cela suppose existe d’une vie propre, mais pas plus « démontrable » que ne l’est l’univers pourtant bien vivant de
*l'exaltation du mouvement et le jeu des apparences en sont les maîtres mots. En littérature (17ème siècle) : art du langage qui montre un goût des contrastes, des surprises, des élévations et des chutes. Thème de l’inconstance cf mouvements du cœur que sont les émotions, les passions => Don Juan. Et quant aux apparences, le théâtre est pour l'esprit baroque une ressource inépuisable : le monde est un théâtre sur lequel les hommes jouent; le trompe-l'œil règne, les décors apportent l'illusion, la vie est un songe; chacun porte un masque, et les travestissements de tous ne sont interrompus que par la mort, grande maîtresse et seule vérité, obsession de l'époque baroque.
4. p.106 : Quelle vision des âges de la vie est développée ds la 1ère scène ?
=> la valorisation de l’enfance par Freud, en opposition à l’âge adulte, correspond au cliché de la supériorité de l’âme de l’enfant, dépourvue de préjugés, à l’intelligence candide… (cf. la Bible, Rousseau…). La pièce reprend le même thème à la fin : « On est tjs puéril lorsqu’on s’émerveille de la vie » (p.98, l.23-24). En contradiction partielle avec ce point de vue, Freud dénonce l’enfermement des êtres humains ds des classes d’âges qui ne correspondent pas à la réalité intérieure des êtres (p.18, l.67-68).
3) Eléments pour une lecture analytique.
Quel est le rôle de cette scène qui fait partie de l’exposition ?
I) Présentation de Freud et de la psychanalyse à travers la relation qui l’unit à Anna.
A) L’affection père-fille
- Une relation tendre
- par les gestes et la parole : l.31-33 => Anna cm une petite fille qui refuse de se coucher (REPETITION de l’injonction qui est + un conseil « Va te coucher »: l.23, l.68, l.100)
- cm Freud se préoccupe de la fatigue de sa fille, Anna se préoccupe de sa maladie (l.53) => l’enjoint à signer le papier demandé par la Gestapo (l.87 et l.99, noter là aussi l’IMPERATF)
- complicité visible dans la STICHOMYTIE (échange de brèves répliques) avec reprise de certains mots => l.48 à 53 ; l.93 à 107…
- La vieillesse = une apparence ?
- Freud => paradoxe vieillesse/énergie cf 2 phrases l.11 à 13 ; Anna, la cadette de ses filles, + fatiguée (l.16) cf. ? 2. Evocation poétique de la vieillesse par Freud (l.61 à 66).
- Anna = Antigone (fille d’Œdipe). Cm l’héroïne tragique guidait son père aveugle sur les routes de la Grèce, Anna est le bâton de vieillesse de Freud, celle qui conduira le psychanalyste sr le chemin de l’exil. Cf. l.89 à 99 : sagesse de la fille.
B) Symbiose intellectuelle
- L’interrogation sur les rêves
- l.34 à 42, évocation de pls ? philos (noter l’importance de
- Allusion au travail de Freud (« L’interprétation des rêves est la voie royale de la connaissance de l’inconscient »). Démarche = analyser le « contenu manifeste » des rêves (ce que l’on a en mémoire au réveil) pr en faire apparaître le « contenu latent » (désir inconscient que le rêve manifeste indirectement) à travers des processus de « symbolisation ».
- La révolte contre l’oppression et l’injustice
- Peur et ironie amère de Freud ds l’aparté évoquant les chants des nazis (l.29-30) => NB, pr le spectateur, 1er indice du contxt hist. Réaction + violente d’Anna (l69-70).
- Réactions différentes mais même révolte : si Freud ne veut pas partir c’est par solidarité avec les juifs persécutés, si Anna veut partir c’est pour pouvoir agir de l’étranger cf échange final.
ð Anna = héritière spirituelle de Freud, psychanalysée par lui. Décrite péjorativement (sévère, bas-bleu, ridicule) par l’auteur cm « un des 1ers prototypes de femmes intellectuelles du début du siècle » et comme amoureuse de son père.
ð La douceur de leur relation est en contraste total avec la cruauté qui sévit à l’extérieur :
II) Place de la mort qui rôde
A) Les horreurs nazies
1. Le contexte historique de la pièce
- Rappel du contexte hist (didascalie initiale + notes p. 18 + encadré p.107).
- Ce contxte n’est pas « visible » tt de suite (le Nazi n’arrive qu’à la scène 2) mais présent quand même d’abord par les livres tombés à terre « jetés à bas par on ne sait quelle violence » et par le fond sonore (les groupes de nazis qui passent au pas en chantant).
2. La tirade d’Anna
- Enumérations d’atrocités vues par Anna dans la TIRADE l.75 à 85. REPETITION de « j’ai vu » => vérité qu’on ne peut remettre en cause. Commence par dénonciation de l’attitude des Autrichiens pire selon elle que celle des Allemands (COMPARATIF).
- GRADATION des « actions » décrites : un couple obligé de renier ses ID, une foule satisfaite que les juifs aillent ds des « camps de travail », un homme battu dvt sa famille et enfin des juifs qui se suicident pr échapper aux SA. Noter la dépersonnalisation des auteurs : « les SA » (77-83 ) ; « la foule » (79) ; « on » (81) ; « s’étaient jetés » (passivité des SA) => un phénomène étrange où les responsables ne st pas identifiables. 1 Tragédie où la fatalité agit.
- L’ironie qui cache l’émotion
- Tirade d’Anna encadrée par la reprise de la phrase de son père « Il n’y pas de nazis viennois » qui est à prendre cm une ANTIPHRASE puisque elle démontre tt le contraire ensuite. Ccl « il faudrait un nveau terme pr l’immonde », cad que la locution « nazis viennois » ne suffit pas à décrire ce qu’elle pense d’eux ds la mesure où les Autrichiens auraient du lutter ctre l’antisémitisme. Cf Jorge Semprun et le pb de dire, de raconter ce qui semble « indicible ». Qd les mots manquent pr décrire l’horreur…
- L’ironie amère venait d’abord de Freud (73) et était une image presque BURLESQUE des partisans lâchés par avion entiers cm si aucun autrichien ne collaborait… Détachement qi n’est qu’apparent cf. la toux qui va grandissante au fur et à mesure que le sujet est abordé (l.74 et 86). Culpabilisation de Freud par lui-même => dilemme du privilégié (par l’argent, les relations, la notoriété…) qui hésite à quitter le pays (cf l.95-97 avec la REPETITION du mot « frère », terme religieux).
B) La maladie de Freud
- Un homme souffrant
- maladie (cancer de la mâchoire depuis 1923 – fumeur de cigare* – 31 opérations en tout) visible par la toux et les grimaces (l.13-15). Et vieillesse : 1 an avant sa mort (en 1939, injection létale de morphine par son médecin).
- un homme conscient du fait que sa fin est proche « Tu me traites comme un condamné à mort. […] Et tu as raison… » (l. 105-108). ANALOGIE militaire du peloton (sous-entendu « d’exécution » = gpe de militaire commandés pour fusiller un condamné).
- Un homme… humain
- humour légendaire de Freud présent ds la scène mais ns l’avons vu, même les sujets les + sérieux peuvent ê traités sr un mode plaisant et humoristique, srtt qd ce sujet de dérision est soi-même. Freud donne l’apparence de supporter courageusement sa maladie et d’être serein vis-à-vis de la mort : « ns sommes tous des condamnés à mort » (108)…
- …mais si la mort ne lui fait pas peur, quitter ceux qu’il aime lui est + difficile (l. 111 à 116 => noter les POINTS DE SUSPENSION qui marquent l’émotion sincère de Freud). Tjs chercher la vérité sérieuse, voire douloureuse derrière la note d’humour : « le drame de la vieillesse, Anna, c’est qu’elle ne frappe que des gens jeunes » (et Freud est jeune d’esprit).
* La psychanalyse a une dette envers le tabac. Du petit déjeuner au coucher, Freud fume sans arrêt, jusqu'à 20 cigares. Ses préférés: les trabuccos. «Il n'a jamais caché que ses capacités d'écoute étaient liées à la durée de dégustation d'un cigare, souligne Philippe Grimbert, psychanalyste et auteur d'un revigorant Pas de fumée sans Freud (Hachette). La durée de la séance s'accordant au temps de la jouissance tabagique du maître.» C'est à 24 ans que Freud découvre le plaisir des volutes, alors qu'il poursuit ses études dans le laboratoire du Pr Brücke. Toute sa vie, il vante les vertus du tabac, de même qu'il est un prosélyte de la cocaïne, qu'il consomme durant douze ans. La «cocaïne dans le corps», ce garçon timide et neurasthénique, considéré comme vierge par beaucoup, se dévergonde. En 1884, il lui consacre un essai: Über Coca. Freud va jusqu'à la prescrire avant de reconnaître ses ravages. C'est la bouche, le siège de la parole, objet privilégié de la psychanalyse, qui se voit condamnée par le tabac à une lente destruction. Comme si Freud avait signé un pacte faustien où la vie serait donnée en échange de la fondation de la science du siècle. « L’Express »