Argumentation: fiche en auto-correction n°3

Publié le par Violaine Le Calvé

L’ARGUMENTATION – FICHE-BILAN III : Les marques de l’énonciation

1.Les marques caractéristiques du discours :

Alors que le système du récit efface les références au locuteur et à l’énonciation, le système du discours multiplie ces références :

    • Les déictiques spatio-temporels (ici, maintenant, dans deux heures…) ;
    • Les indices de 1ère et 2ème personnes :

-pronoms personnels (je/tu, nous/vous)

-adjectifs possessifs (mon/ton, ma/ta, mes/tes)

-pronoms possessifs (le mien/le tien, la mienne/la tienne…).

    • Les pronoms et adjectifs démonstratifs, quand ils renvoient à la situation d’énonciation.

Comparez : « Il prit ce chemin. » et « Prenez ce chemin. ». Lequel se réfère à la situation particulière de l’énonciation, lequel ne s’y réfère pas ? Justifiez.

    • Les temps verbaux : tous les temps de l’indicatif sauf le passé simple.

 

 

 

Remarques sur les pronoms :

 

 

 

a)      Le pronom ON :

Ses valeurs sont complexes.

ð     Pronom de 3ème personne, il exclut la 1ère et la 2ème personnes et désigne un singulier (= quelqu’un) ou un pluriel collectif (= l’humanité, l’opinion commune, certaines catégories de gens, variables en fonction du contexte).

ð     Mais il peut aussi remplacer de façon familière une 2ème personne. Trouvez un exemple.

ð     Dans un emploi familier (et incorrect à l’écrit), il équivaut également à un nous exclusif, c’est-à-dire qu’il englobe le locuteur en excluant le récepteur. Exemple : « On est allés au cinéma. » pour « Nous sommes allés au cinéma. » (valeur exclusive si le récepteur n’a pas accompagné le locuteur).

ð     Enfin, il est parfois l’équivalent d’un nous inclusif quand il signifie JE + TU + IL(S), c’est-à-dire les hommes en général, y compris le locuteur et le récepteur.

Il faut par conséquent tenir compte du contexte pour déterminer la valeur de ON, qui peut d’ailleurs varier tout au long d’un passage.

 

 

 

a)      Le pronom NOUS :

ð     Il équivaut à JE + 2ème personne, JE + 3ème personne (nous exclusif) ou JE + 2ème personne + 3ème personne (nous inclusif).

ð     Parfois, il est l’équivalent de JE :

-         soit comme pluriel de majesté (« Nous, préfet du Lot…, ordonnons que… ») ;

-         soit comme pluriel de modestie sous la plume d’un auteur ou dans la bouche d’un conférencier.

 

 

 

b)      Le pronom VOUS :

Alors que TU marque la familiarité et la proximité, VOUS s’emploie à la place de TU pour marquer une distance respectueuse.

 

 

 

c)      La 3ème personne :

Le locuteur peut parler de lui à la 3ème personne. C’est par exemple le cas dans les Préfaces, où il se désigne non comme JE mais comme l’auteur.

 

 

 

2. La modalisation :

 

 

 

Le locuteur trahit aussi sa présence grâce à des indices qui signalent son degré d’adhésion à l’énoncé. Ces indices sont appelés des modalisateurs. Ils font intervenir un jugement de type vrai/faux, incertain/certain.

 

 

 

Ø      Les verbes modalisateurs :

=> des verbes de perception, tels « sembler », « paraître », « avoir l’air », « avoir l’impression ». Ces verbes ou expressions verbales sont des indices de subjectivité ; ils signalent que la perception est à mettre au compte de l’individu qui la reçoit.

Comparez : « La lune était rouge. » et « La lune semblait rouge. » Que laisse entendre la deuxième formulation ?

 

 

 

=> les verbes de parole livrent eux aussi des informations intéressantes sur le comportement du locuteur vis-à-vis du propos qu’il rapporte. Deux cas sont envisageables :

a) Le locuteur ne se prononce pas sur la véracité ou la fausseté du propos. Exemple : quand le locuteur rapporte les propos tenus par quelqu’un d’autre sous la forme « Jean dit (affirme, déclare, défend l’idée que) », rien ne prouve qu’il pense que Jean a tort ou raison. Seul le contexte permet dans ce cas de connaître le jugement du locuteur. En revanche dans « Jean soutient que…Mais je n’en crois rien. », le locuteur rejette l’idée défendue par Jean. Les verbes « dire », « affirmer », « déclarer » ne sont donc pas des modalisateurs, on ne peut les considérer comme des indices de subjectivité.

b) L’emploi de certains verbes témoigne d’un jugement du locuteur : « prétendre », « reconnaître », « admettre », « prétexter » sont bien des modalisateurs. Que laissent entendre les verbes suivants ?

 

 

 

« Pierre prétend que » :

« Pierre reconnaît (admet) que »

« Pierre prétexte que » 

 

 

 

De même, les verbes d’opinion (« savoir », « s’imaginer », « penser », « croire ») trahissent le degré d’adhésion du locuteur vis-à-vis de l’opinion qu’il rapporte. Que laissent entendre les verbes suivants ?

 

 

 

« Marie sait (ignore) que »

« Marie s’imagine que »

« Marie croit que »

« Marie pense (est sûre) que »

 

 

 

Ø      Les adverbes modalisateurs :

L’incertitude est marquée par « peut-être » ; la probabilité par « probablement » ou                   ; la probabilité forte par « certainement » ou                         ; la certitude par « évidemment », « sans aucun doute » ou                                                .

 

 

 

Ø      Les modes et les temps :

=> le conditionnel exprime dans certains cas le scepticisme du locuteur. Ce dernier rapporte les propos ou l’opinion de quelqu’un d’autre sans porter de jugement direct sur la vérité ou la fausseté de ces propos ou de cette opinion, mais il laisse néanmoins entendre au moyen du conditionnel qu’ils sont sujets à caution. Exemple : « Selon la police, les manifestants seraient au nombre de 100 000 ; ils seraient deux fois plus, selon les organisations syndicales. »

 

 

 

=> à l’inverse, le futur de l’indicatif peut parfois être employé avec une valeur de certitude. Il revêt dans ce cas un sens prophétique. Exemple : « Demain sera féminin ».

 

 

 

Ø      Les guillemets :

Les guillemets jouent un rôle de démarcation : ils permettent de signaler l’intrusion d’un autre discours dans le discours du locuteur. Ils peuvent signaler, souvent avec ironie, une distance critique du locuteur par rapport au mot ou à l’expression qu’ils encadrent. Exemple : « Où sont les révolutionnaires chevelus des années soixante ? Depuis une dizaine d’années, par ces temps de « crise », nos rues sont bien calmes, nos campus bien silencieux. » (Jean-Claude Chesnais, Histoire de la violence).

 

 

 

 

 

 

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