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Lectures conseillées avant votre passage oral en juin

   Don Juan de Molière, un classique à lire si vous ne l'avez pas déjà lu, une pièce qui relève à la fois de la comédie et de la tragédie

 

ET/OU

 

  La Nuit de Valognes d'E.-E. Schmitt, la reprise du mythe par le dramaturge que vous connaissez, qui imagine un Don Juan vieilli aux prises avec d'anciennes conquêtes... franchement comique.

 PS: l'édition Livre de poche que certains d'entre vous possèdent contient cette pièce

  

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Dimanche 4 juin 7 04 /06 /Juin 15:51

Copie de Gwenvaël

Question: "Pensez-vous que l'on puisse traiter de sujets graves et sérieux sur le mode plaisant et humoristique?"

 

 

 

Lorsque l'on écrit pour exprimer ses idées à un public large sur un problème, une situation importante ou grave, la censure est là pour établir certaines limites. Auparavant, la censure s'est montrée très restrictive à la fois sur le contenu, c'est à dire en rapport avec le sujet traité, mais aussi sur la forme, le registre de l'œuvre littéraire. Mais nous pouvons nous demander si de nos jours la liberté d'expression ne porte pas plus sur le sujet dont on parle, que sur le registre et la manière don l'auteur à choisi de s'exprimer. Car si la liberté d'expression aujourd'hui en France est telle que l'on puisse parler d'énormément de choses librement, seule la forme employée par l'auteur dans son œuvre déterminera la censure partielle ou totale de l'œuvre, et donc sa publication ou non, ou même encore une polémique du public en réponse à une provocation flagrante faite dans l'œuvre.

Il se pose alors une question: pouvons-nous traiter de sujets sérieux, et même graves sur le mode humoristique ou bien plaisant?

Pour répondre à cette question nous allons tout d'abord développer à l'aide d'exemples ce qu'apporte le mode plaisant ainsi que les inconvénients du mode sérieux. Puis nous observerons les avantages d'un ton plus sérieux,  et les désagréments qu'apporte le mode humoristique pour traiter de ces même sujets sérieux. Enfin nous exposerons une synthèse en troisième partie afin d'aider à la compréhension générale, qui portera sur les principaux arguments sur la nécessité de la liberté d'expression mais également sur ses limites.

 

 

 

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L'auteur qui aborde un sujet sérieux ou bien grave tel que la censure ou la guerre s'appuie sur des faits qui parlent d'eux-mêmes et qui dénoncent quelqu'un, une institution ou encore un conflit. Pour que cette dénonciation ait plus d'impact auprès du lecteur, certains écrivains n'hésitent pas à employer une forme d'humour qui est particulièrement forte: l'ironie. L'ironie consiste par exemple à transmettre au lecteur ses idées en accentuant les aspects grotesques de la démarche intellectuelle de celui que l'on ne défend pas. Ce faisant, l'auteur cherche à tourner en dérision le parti adverse pour le déstabiliser. C'est ce que fait Voltaire dans Candide lorsqu'il dénonce la guerre à sa manière dans le chapitre III. Celui-ci emploie des termes cocasses pour exprimer la guerre tels que dans l'oxymore une "boucherie héroïque" qui met en valeur les soldats. Bien évidemment, Voltaire ne fait pas ici l'éloge de cette guerre ni de ceux qui la font puisque par ailleurs, il décrit dans ce même chapitre toutes les atrocités que ces même soldats ont pu faire dans les villages environnant la bataille. Cette ironie illustre dans le contexte du conte philosophique de Candide, l'opposition flagrante qui existe entre la réalité guerrière dont Candide est le témoin, et le point de vue que Candide arbore en suivant son maître à penser Pangloss au début du récit. En effet Pangloss  le philosophe  soutient un discours optimiste sur la vie,  selon lequel "tout est bien dans le meilleur des mondes possibles". Voltaire dénonce donc par l'ironie un sujet très sérieux qu'est la guerre.  

Cela dit, il n'est pas le seul à traiter les sujets sérieux avec légèreté pour accentuer l'effet de ses propos, puisque Victor Hugo lui aussi, à usé du mode plaisant dans la préface de son drame historique Le roi s'amuse publié en 1832. Sa pièce de théâtre avait été "suspendue" " puis défendue" par le ministère. Dans la majeure partie de sa préface, de la ligne 1 à 39, il utilise un autre humour lorsqu'il accuse le gouvernement et sa censure. Il y explique au lecteur sa mésaventure lorsqu'il apprend cette censure inattendue de la part du ministre; et dans un premier temps il exprime toute sa surprise par le champ lexical de l'étonnement qui est intégré tout au long du texte: "inouï", "douté", "incroyable", "ne pouvant croire", "profond étonnement". Pour montrer au lecteur son opinion personnelle sur cet acte il n'hésite pas à accuser cette mesure d'"arbitraire", et venant d'un ministre qui s'était accordé le "droit divin" de lui prendre "sa pièce", "sa chose", "son droit". Il compare même avec ironie le ministère à un "pachalik" au "divan", ou encore interpréte l'acte de censure comme la manifestation d'un "despotisme Asiatique".

 

Plus proche de nous, et dans d'autres domaines d'expressions, l'ironie et d'autres formes d'humour tel que la caricature, sont toujours présents pour traiter de manière plaisante et souvent humoristique de sujets graves. Plantu ou Jean Plantureux de son vrai nom, par exemple, illustre par l'un de ses dessins dans le journal "Le Monde", sa vision de La liberté de la presse. On y voit une main en train d'écrire avec un crayon, la "tête" de ce crayon n'est autre qu'un gendarme ou un militaire à la mine sévère qui surveille tout ce que ce crayon écrirait. Ce mode est léger pour aborder et dénoncer un problème qui reste grave aujourd'hui dans de très nombreux pays tels que la Chine, ou bien encore la Russie pour ne citer que quelques pays. Ce problème que dénonce ici Plantu est, bien entendu, la censure. Par ce mode peu conventionnel qu'est le dessin caricatural, et aussi par le mode plaisant qu'il emploie pour traiter ce genre de sujets sérieux, Plantu transmet bien au lecteur sa vision revendicatrice et son message contre la censure. Ce mode plaisant qu'il emploie ici est un outil à part entière pour aider à la compréhension du lecteur qui observe cette opinion sur la caricature et peut l'accepter avec légèreté comme une réalité. Traiter de sujet sérieux et aussi grave sur le mode plaisant est donc possible.

Toujours au sein de l'information, on trouve cette forme d'ironie dans Le Canard enchaîné et aussi, à la télévision avec Les Guignols de l'info qui traitent l'information avec une ironie comparable à celle qu'emploie Plantu, mais aussi plus flagrante. Les Guignols de l'info vont plus loin en se montrant plus piquants dans leur caricatures, et parfois même jusqu'à atteindre la satire. De plus l'image télévisée apporte naturellement plus d'effet et aussi plus d'impact auprès du téléspectateur que ne saurait apporter une simple image inanimée. Ces deux journaux recherchent alors à dénoncer par la caricature, la parodie, et même la satire, soit les erreurs et les maladresses de certaines personnalités en accentuant l'aspect ridicule ou incohérent de leur action, soit les réalités du monde plus grave telles que les guerres ou les génocides. Ces registres sont alors des outils, et même des armes particulièrement efficaces lorsqu'elles sont bien utilisées pour protester contre les actes d'une personne touchant à un sujet grave. Lorsque les Guignols de l'info exagèrent sciemment les incohérences des propos américains lors de la guerre en Irak, l'opinion publique est rapidement fixée sur les motivations réelles que pouvaient avoir les Etats-Unis à entreprendre cette guerre. Ils dénoncent par là les manœuvres abusives que cette guerre à pu faciliter, en rapport avec le pétrole Irakien dont les Etats-Unis ont cruellement besoin, ou encore en rapport avec l'industrie américaine qui fonde sa croissance industrielle sur la fabrication d'armes et qui a besoin de ces guerres pour justifier au public ses productions d'armes excessives. Le Canard enchaîné, lui, tourne en dérision plus gentiment cette fois le Premier Ministre Français, Monsieur Dominique De Villepin tourmenté par un corbeau, à cause de l'affaire Clearstream.

La force qu'apporte l'ironie pour appuyer un reproche devant le public a même été utilisée au cinéma pour traiter de sujets tout à fait sérieux, et manifester une opposition aux pratiques d'une politique gouvernementale ou d'un homme politique en particulier. C'est ce que fait le metteur en scène Michael Moore pour tenter de déstabiliser la mentalité de certains Américains notamment par rapport au port d'arme autorisé aux civils dans Bowling for Columbine en 2002 et aussi dans Fahrenheit 9/11 en 2004. Il parvient en effet à poser les bonnes questions, celles qui amènent chacun à réfléchir, et ce, sur un ton toujours humoristique ou cocasse pour ne pas laisser le spectateur sombrer dans une déprime devant les accumulations de faits accablants énumérés et développés contre ces politiques gouvernementales, ou bien directement contre le Président lui même.

 

 

L'humour par la dérision ainsi que les modes plaisants dans toute leur diversité: parodie, jeu de mots légers, ironie, ou encore le non-sens sont donc parfois très appropriés au même titre qu'un registre raisonnable pour traiter plus sérieusement qu'il n'y parait de sujets graves.

 

 

Lorsque l'on traite d'un sujet sérieux dans un registre tout aussi sérieux, il peut y avoir des risques. Tout d'abord, prenons par exemple certains reportages de journalistes envoyés spécialement pour informer le public sur un évènement bien précis de gravité, ou d'importance tel que la guerre. Nous ne citerons qu'une enquête parmi tant d'autres, celle réalisée par des reporters de France 3 diffusé dans l'émission "Thalassa" l'an dernier et qui s'est vue décerner le prix de la meilleur investigation en 2005 sur les conséquences des essais nucléaires français dans le Pacifique sur les populations, ainsi que sur les responsabilités politiques. Ce documentaire à en effet été partiellement censuré, comme de nombreux autres documents télévisés qui traitent parfois "trop" sérieusement de sujets sensibles. Ainsi, même lorsque nous sommes face à la réalité et que l'on souhaite la traiter sérieusement, il n'est pas toujours bon de la dévoiler totalement, des précautions s'imposent.

Aussi, derrière ceux qui parlent sérieusement, il y a en France une certaine personne qui fait régulièrement parler d'elle lorsqu'elle affirme sur un ton soi-disant sérieux des aberrations sur des sujets parfaitement sérieux. Ici il s'agit en particulier de M. Jean Marie Le Pen, qu'il est toujours délicat de mentionner.  Pour ne citer de lui qu'un unique exemple,  il affirme en 1991, que l'utilisation des chambres à gaz comme technique d'extermination utilisée par les nazis  n'était "qu'un détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale". Il sera tout de même condamné par la justice pour ces paroles, à verser des dommages et intérêts pour banalisation de crimes contre l’humanité et  consentement à l’horrible. Ainsi donc, même le ton sérieux et grave ne représente pas forcément une garantie de l'authenticité des propos. Parmi les précautions à prendre pour traiter un sujet sérieusement, au-delà du sérieux du locuteur, il faut s'assurer de la teneur de ses opinions.

 

Enfin, en littérature, pour exprimer toute la dureté de la vie dans les mines et plus généralement de la vie ouvrière au XIX° siècle, Emile Zola décrit, sans retenue, dans son œuvre naturaliste des "Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second-Empire", les difficultés matérielles ainsi que les déboires  relationnelles, et même la "déchéance fatale d'une famille ouvrière" comme le dit Zola lui même. L'adaptation au Théâtre de cette œuvre sera même censurée par le second Empire. L 'Assommoir par exemple,  dès sa parution en 1872 dans un journal, fut immédiatement attaqué par la critique littéraire car le langage des personnages, qui est celui des ouvriers de l'époque, nombreux à Paris, est un peu cru, mais aussi parce qu'au-delà du sérieux des propos dans l'écriture et dans la narration sur un sujet parfaitement sérieux, Zola par son écriture, transmet aux ouvriers Français une vision de destinée impitoyable. Aucune nécessité de vérité sur un fait précis, ni même aucune volonté de dénonciation contre quelque personne que se soit n'a motivé cette œuvre, elle figure donc au lecteur comme une œuvre funèbre, lugubre et gratuite. (NDLR: avis subjectif, je laisse l'auteur responsable de ces propos. V.L.C. )

 

D'autres écrivains romanciers ont également traité de sujets graves sur un ton sérieux mais de telle sorte qu'à leur lecture, ou bien même la vision de l'adaptation cinématographique du livre, cela puisse plonger le lecteur dans une atmosphère peu supportable, et même l'incommoder dans une sorte de malaise. C'est le cas de Georges Orwell l'écrivain britannique qui à écrit 1984. Il y décrit dans ce roman d'anticipation publié en 1949, un régime totalitaire dans sa plénitude, et comment un homme peut devenir criminel par le fait de penser. Ce sérieux n'est donc pas aussi approprié que nous pourrions le croire pour s'exprimer sur des sujet graves.

 

 

 

          

 

 

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Toutefois pour traiter de sujets graves, certains propos sérieux peuvent se montrer nécessaires. Victor Hugo l'a bien compris puisqu'en plus d'utiliser l'ironie dans la première partie de sa préface dans Le roi s'amuse, comme nous l'avons vu, il reprend un ton parfaitement sérieux à partir de la ligne 40 jusqu'à la fin pour que le lecteur comprenne clairement sa revendication. Victor Hugo "ne dépend, lui poète, d'aucun ministre" et il affirme en tant que "libre écrivain" vouloir "réclamer devant le pays" à la fois par cette préface et aussi par la justice, "son droit" qu'est la représentation de son oeuvre en public. Par ces propos, exprimés sérieusement, qui contrastent avec l'ironie de la première partie de sa préface, toute la force de son message est transmise au lecteur. Un ton plus sérieux et plus direct envers le public est donc aussi profitable à la compréhension de celui qui lit, et même, son écriture à la fois directe et posée aide le lecteur à se positionner par rapport à la censure.

 

 

L'écrivain britannique Ray Bradburry pour exprimer son idée d'un futur, dont la société est touchée par la censure généralisée  de tous les livres possibles par le feu, utilise également un registre pleinement sérieux. Il dénonce dans son livre Fahrenheit 451, publié en 1953, les effets néfastes pour les être humains qu'aurait une société sans livre. Dans l'extrait du corpus, on y retrouve dans un dialogue l'explication qui justifie une telle société de censure. Selon l'orateur, le principal désir des êtres humains est d'être heureux; et le principal obstacle à ce bonheur, ce sont les livres qui nous empêchent d'être "distrait", d'être "en mouvement". Ce sérieux avec lequel Bradbury dénonce tout au long de son récit la censure opérée par le totalitarisme, fait comprendre au lecteur tout le danger que représente celle-ci. Par la même occasion, Bradbury rappelle au lecteur l'importance de la liberté d'expression de chacun dans la société, et c'est une liberté qui passe par les livres. Pour autant, il permet au lecteur de se repositionner dans son opinion par rapport à cette liberté d'expression.

 

Dans un art tout autre qu'est la peinture, Pablo Picasso a une approche tout aussi sérieuse de la guerre, et en particulier du bombardement gratuit qui a eu lieu sur la ville de Guernica le 1er Mai 1937. Il parvient à dénoncer cet évènement cruel dans tout ce qu'il a de plus terrible en tentant d'en peindre ses conséquences que sont la souffrance, la mort, le chaos. Dans son œuvre picturale Guernica, il communique tout son message sur la réalité qu'est la guerre. Il peint son œuvre en noir et blanc pour y ajouter l'ambiance de peu de couleur et donc avec peu d'espoir et de gaieté qu'a réellement représenté cet évènement qui n'a laissé aucune chance aux habitants du village. Les formes et les contours sont géométriques, justement chaotiques, ce qui donne à la toile dans son ensemble un aspect de violence . Pablo Picasso parvient dans Guernica à représenter ce qu'est la guerre sans détour artistique, sans ornement. Et c'est ce qui a fait de ce tableau un symbole, car il ne personnalise pas la mort ou bien la guerre comme l'a fait le peintre Julien Félix Rousseau, surnommé le Douanier Rousseau, dans son tableau intitulé La guerre ou La chevauchée de la Discorde, mais retranscrit dans sa toile uniquement les effets de la Guerre sur les hommes. Même sur un autre support que la littérature, Pablo Picasso parvient par son approche réfléchie de la guerre à la définir dans tout ce qu'elle représente.

 

 

Maintenir un registre réfléchi et sérieux pour traiter de sujets graves permet de bien se faire comprendre au lecteur. Cela permet également à l'auteur, comme nous l'avons vu, de se positionner. Mais, outre le fait de le convaincre dans un point de vue subjectif, il peut être aussi un outil pour rétablir la vérité sur un fait, un événement en tentant d'établir un discours objectif.

 

 

En effet, même dans notre quotidien nous sommes confrontés à un sérieux qui est toujours nécessaire pour établir ou bien pour rétablir la vérité sur un évènement, un sujet grave. Les informations quotidiennes par exemple, c'est-à-dire la plupart des journaux de la presse, ou des journaux télévisés, ont constamment ce devoir d'ajuster leur attitude pour qu'elle soit conforme au contenu du message qu'il souhaitent faire passer aux téléspectateurs. En effet, pour une approche crédible d'un événement que le téléspectateur ne connaît pas, les médias se doivent d'entretenir un discours grave en rapport avec le poids ou l'ampleur de l'événement. Cette crédibilité des médias pour exprimer une vérité sur un acte, va informer puis conforter le téléspectateur jusqu'à ce qu'il atteigne un état de conviction de la véracité de l'acte en lui même.

Ce sérieux est également de rigueur dans les manuels d'Histoire qui eux aussi ont le devoir de rétablir la vérité avec le plus possible de neutralité. On dit que l'Histoire est racontée par les vainqueurs, ce qui parfois pose justement le problème de l'objectivité des propos, ainsi que de leur exactitude. Lorsque l'on se contente d'énumérer les dates historiques ou bien les chiffres ainsi que les actes correspondants, cette objectivité est plus facilement maintenue, mais lorsque l'on interprète ces évènements historiques, la vérité est toujours légèrement écartée par la subjectivité de l'historien. Et pourtant cette objectivité est nécessaire au même titre que le sérieux avec lequel l'évènement historique est traité pour obtenir l'adhésion, puis la conviction du lecteur. Ici le discours posé et réfléchi joue un rôle important dans le rapport au lecteur de la vérité, et donc de sa conception de la réalité du monde qui l'entoure.

Et en peinture, l'approche avec sérieux d'une œuvre est primordiale pour dénoncer un évènement historique. L'artiste peintre doit tenir compte de la véracité de l'évènement, doit retranscrire le maximum de détails et utiliser une technique de peinture ne laissant que peu de place à l'interprétation du spectateur . Et qui mieux qu'un peintre ayant vu incident historique de ses propres yeux peut en matérialiser une image fidèle? Le peintre Francisco Goya était de ceux là. En effet Goya peint  EL 3 de Mayo qui représente avec une précision étonnante la fusillade d'Espagnols qui a eu lieu le 3 Mai 1808 sur la montagne de la Moncloa  par les troupes de Napoléon, à la suite de leur rébellion à Madrid la veille. Et  si cette toile représente si fidèlement cette fusillade, au point qu'on en ait fait jusqu'à aujourd'hui un symbole, c'est dû, pour beaucoup, au fait que l'artiste ait lui- même assisté à cette fusillade. Goya parvient à retranscrire par la peinture un évènement historique dont l'aspect dramatique l'a profondément marqué, avec une grande fidélité car ce tableau est le témoin de l'Histoire, le témoin même de cette réalité.

 

 

 

Le registre sérieux à donc un pouvoir de transmettre un message nouveau à un lecteur et d'établir par ce même registre une notion de conviction, qui sera liée de manière plus ou moins proche de la réalité selon l'application de l'émetteur du message à transmettre la vérité.

 

Voyons à présent les dangers que représente parfois l'humour, ou certains humours.

 

 

 

Tout d'abord l'humour permet, nous l'avons vu, de  prendre du recul sur ce que l'homme vit, mais l'humour peut également blesser celui qui est l'objet de l'effet comique, en particulier lorsque cela le touche de près, l'affecte spécialement, ou encore lors de débordements. Ce genre de débordements arrive encore aujourd'hui: parfois les journaux à tendances satiriques tels que Les Guignols de l'info ou bien l'émission télévisés du Groland sont rappelées à l'ordre pour des paroles, des caricatures excessives par rapport à un évènement d'actualité encore sensible pour l'ensemble de la population. D'ailleurs ces émissions sont à présent déconseillées aux plus jeunes, généralement jusqu'à 10 ou bien 12 ans, pour ne pas heurter leur sensibilité. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel veille à ne pas diffuser ou bien à signaler ce type de débordements.

Autre débordement de ce type qui a fortement troublé le milieu musulman, ce sont les caricatures de Mahomet qui sont parues initialement le 30 Septembre 2005 dans le journal Danois "Jyllands-Posten", puis dans d'autres journaux dans le monde et cela a suscité de nombreuses manifestations dans le monde Arabe. C'est une série de douze dessins qui ont été dessiné par douze dessinateurs différents en réponse à Kåre Bluitgen, un écrivain qui se plaignait que personne n'illustre son livre sur Mahomet. De nombreuses institutions musulmanes ont réagi à ces caricatures: depuis la Libye fermant son ambassade à Copenhague, en passant par l'appel au boycott des produits Danois et Norvégiens par le chef spirituel des Frères musulmans Mohammad Mehdi Akef ou les manifestations où l'on brûlait des drapeaux Danois ou Européens faute de mieux,  jusqu'à des menaces de mort envers les dessinateurs. Ces évènement ont énormément marqué les liens entre le Moyen Orient et l'Occident. De tels dérapages humoristiques peuvent donc véritablement révolter une population, ces évènements ne doivent pas nous faire oublier qu'il faut toujours rester prudent pour exprimer ses idées de manière humoristique.

 

          

 

 

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Comme nous l'avons vu plus haut, la censure est normalement là pour que les auteurs, et les dessinateurs ne franchissent pas certaines limites qui se basent en premier lieu sur le respect des autres. Cette censure au cours de l'Histoire a parfois été très virulente, comme par exemple, lors de l'inquisition instituée par le pape Grégoire IX pour la répression dans la chrétienté. On a pu observer que pendant cette période, et à sa suite, la population ne connaissait plus de réelles évolutions idéologiques, et donc plus de véritable progrès au sein de la société. Cela laisse penser que pour évoluer dans une société, les hommes ont fondamentalement besoin de la liberté d'expression.

 

Cette nécessité d'avoir une liberté d'expression, Voltaire l'a bien comprise, et il utilise l'ironie pour décrédibiliser la censure de l'Ancien Régime dans son livre De l'horrible danger de la lecture publié en 1765. Effectivement, il tourne en dérision l'ensemble des personnes qui ont quelques intérêts à ce que cette censure soit maintenue en prolongeant de manière caricaturale leur point de vue afin que celui-ci perde toute vraisemblance aux yeux du lecteur. "Il est à craindre" que les lecteurs ne trouvent dans les livres quelques moyens d'"augmenter leur richesse", "de perfectionner leurs arts mécaniques", ou que ces même livres puissent "leur inspirer un jour quelque élévation d'âme". Voltaire fait donc ici de manière totalement détournée l'éloge de la littérature, de la liberté d'expression, et observe tous les bienfaits qu'ont les livres sur les hommes y compris les bienfaisances que peut apporter le siècle des Lumières et des philosophes: "Ils se pourrait" que de "misérables philosophes" veulent "dans la suite du temps", "éclairer les hommes et" "les rendre meilleurs".

 

Un autre Français qui s'est servi de la liberté d'expression pour dénoncer les problèmes de la société à une autre époque, Coluche, de son véritable nom Michel Gérard Joseph Colucci, à dénoncé avec un franc parler unique les problèmes modernes du racisme, de la misère, de la faim dans le monde ou bien de la "télévision poubelle" qui lui a fait dire par exemple avec beaucoup d'ironie "On ne peut pas dire la vérité à la télé : il y a trop de monde qui regarde".

 

 

 

Cette liberté d'expression est très importante dans une société, elle démontre la variété des traitements de l'actualité,  mais il faut également lui fixer des limites.

 

 

 

 

Parmi les limites à la liberté il y a bien évidemment la censure protectrice qui protège les populations ou bien les personnes dont on parle, mais également la morale de chacun qui avant tout établit pour chaque individu ses limites propres sur ce qui est bon pour lui d'entendre, ou de ne pas écouter. Cette morale qui met des barrières à la liberté d'expression peut se manifester lors d'indignation généralisée par des manifestations comme nous l'avons vu précédemment avec les caricatures de Mahomet, ou aussi par des polémiques qui feront beaucoup de bruit pendant un temps. A quoi sont dues ces polémiques? Au sujet traité ou bien au registre employé?

 

Répondons à cette question avec deux exemples différents. Lorsque Primo Levi raconte en 1947 dans Si c'est un homme son expérience des camps d'extermination des Juifs, le livre passe dans un premier temps inaperçu, puis lors de son second ouvrage, est reconnu dans le monde entier, mais cela ne fait pas une polémique, les lecteurs ne sont pas choqués par l'écrit en lui même mais par la réalité inhumaine qu'il leur révèle. Par contre l'humoriste Dieudonné déguisé en rabbin dans l'un de ses sketchs à choqué les Français. Il était d'ailleurs reconnu depuis longtemps pour toujours "mettre le doigt là où ça fait mal", et pas toujours en finesse, alors qu'il ne traite pas mieux des Chrétiens que des Musulmans ou  des Juifs. Seulement cette fois il a affirmé qu'il était "plus facile de se moquer de l'intégrisme musulman que de l'intégrisme israélien", et dans la soirée la plupart des représentants de la communauté juive s'est manifestée en protestant contre ses paroles. De plus ce n'est pas le fait de se déguiser qui à outragé la communauté en question, puisque Elie Semoun par exemple interprète librement son personnage Toufik sans poser le moindre dérangement. Peut-être était-ce donc les intentions uniquement, qui se cachent derrière ces sketchs. Car certains humoristes ont tout de même réussi à faire du racisme un objet de dérision en le condamnant.

Enfin, pour parler de deux Passion du Christ différentes, l'une à provoqué une polémique, c'est celle qui fut réalisée par Mel Gibson et sortie dans les salles le 31 mars 2005 tandis que l'autre passion du Christ des Inconnus, n'a pas fait tant parler d'elle alors qu'elle est, contrairement à la version de Mel Gibson, complètement parodique, et décalée. En effet la Passion du Christ de Mel Gibson est traitée avec un grand sérieux, jusque dans les détails de la langue puisque les langues des protagonistes dans le film sont principalement l'Araméen et le Latin populaire. Or cette version à particulièrement choqué par ce réalisme insoutenable jusque dans les scènes de la passion en elle même, qui dans le film se traduit par environ vingt minutes d'effusion de sang continuelle qui, sur un grand écran déstabilise même les adultes plus avertis. Une fois de plus c'est l'intention du metteur en scène qui a déterminé le fait que l'œuvre tombait ou non dans l'excès, et par là- même, dans l'immoral parce que Mel Gibson à ici respecté davantage les textes de la Passion selon saint Jean, que le public, à qui il destinait le film.

 

 

 

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Pour conclure, pour traiter de sujets graves et sérieux sur le mode plaisant et humoristique, il faut avant tout que cela ne se fasse pas dans une période où les gens puissent être encore choqués, il faut laisser la vérité s'installer petit à petit car les textes sérieux permettent, par leur diversité, de représenter les points de vue de chacun. Il est nécessaire que cette vérité s'installe car c'est elle qui pourra apaiser dans un premier temps les personnes qui souffrent ou bien sont touchées par ces sujets graves. Et pour compléter cette étape où la société dans son ensemble prend position par rapport aux faits en eux-mêmes, la charge revient à l'humoriste ou à celui qui plaisante de trouver la limite morale dans ses propos. Savoir ce qu'il peut dire, savoir si ce qu'il dit est judicieux ou non, et avant tout, être convaincu que ce qu'il dit se fait dans le respect de l'autre, et des autres, est crucial et inévitable lorsque l'on souhaite plaisanter sur des sujets sérieux ou bien graves.

Pour finir, nous pouvons penser que l'humour en lui même a une action positive par tout ce qu'il peut apporter de bon, en provoquant une esquisse de sourire sur les lèvres, ou bien en offrant un moment de rire et de détente. Cet humour nous aide donc dans nos vie, à mieux en accepter les réalités.

Après un évènement de gravité, chacun retrouve à son rythme, un équilibre qui lui convient. Ce temps varie certainement en fonction de l'individu, et c'est sans doute ce qui a pu faire dire à Pierre Desproges lorsqu'il observait ceux qui étaient près ou non à rire sur ce genre de sujets, "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde."

 

Par Gwenvaël Gaffet-Loarer - Publié dans : OE: convaincre, persuader, délibérer
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